
Premières mentions connues dans la littérature, plus anciennes représentations graphiques, premières mentions folkloriques explicites, première étude monographique publiées dès le 18e siècle, le cas du dolmen dit de la Pierre-Levée à Poitiers (Vienne, Nouvelle-Aquitaine) constitue un cas unique et pionnier dans la reconnaissance du fait mégalithique en France.
Deux éléments ont sans doute participé à cette accumulation unique, et à cette large diffusion. Tout d’abord, la situation du monument aux portes de Poitiers, le long d’une voie passante qui mène à Bourges. Ensuite le fait que Poitiers soit dotée d’une prestigieuse université fondée dans la première moitié du 15e siècle2.
Comme le souligne déjà l’ecclésiastique mauriste Léonard Fonteneau (1705-1778) au milieu du 18e siècle : « […] vraisemblablement la célébrité n’a point d’autres origines que la proximité de la ville ; puisque que considérée en elle-même, elle [la Pierre-Levée]ne présente rien qui la distingue de toutes les autres »3. Mais cette célébrité et les fonds du ministère de l’intérieur lui ont évité en 1851 d’être « métamorphosée en macadam » par son propriétaire4.
Après François Rabelais qui la mentionne dès 1532 dans son roman Pantagruel, Georg Hoefnagel (1542-1600)5 en fait le dessin en 1561 et l’estampe qui en est tirée parait en 1598 dans le cinquième tome des Civitates Orbis Terrarum, un atlas publié en Allemagne.
Cela semble faire de la Pierre Levée de Poitiers, tombe à couloir néolithique de type angoumoisin, ruinée et somme toute des plus banales, le premier monument mégalithique à être représenté dans un livre, et qui plus est, dans un livre de diffusion internationale.
NDLR : Cet article est le premier d’une série de 4 que nous publierons dans les mois qui viennent.
Les Civitates Orbis Terrarum de Georg Braun et Franz Hogenberg
Conçu par l’ecclésiastique, topo-géographe et cartographe allemand Georg Braun (1541-1622)6 et le cartographe graveur Frans Hogenberg (1535-1590); les Civitates Orbis Terrarum [ou Le Théatre des principales cités du monde], publié pour la première fois à Cologne de 1572 à 16177, est sans doute un des plus beaux atlas de la fin du 16e siècle. L’ouvrage est presque entièrement consacré à la représentation fidèle des principales villes du monde connu.
Publié en latin, avec 1600 pages en 6 volumes de 28 x 41 cm, il regroupe une incroyable collection de 546 gravures sur cuivre, représentations détaillées d’environ 500 villes et de leur paysage péri-urbain, en perspective vue à vol d’oiseau. Chacune des planches est accompagnée d’un texte explicatif8.
Si cet atlas est aujourd’hui d’abord connu sous les noms de ses deux principaux auteurs : Georg Braun qui s’est principalement occupé du texte et Frans Hogenberg qui a gravé les quatre premiers volumes, de nombreux autres contributeurs aux nationalités diverses ont participé à l’élaboration de cette somme, dont, entre autres, l’artiste Georg Hoefnagel (1542-1600) ; le peintre et graveur Abraham de Bruyne (1540-1587), ou encore Jacob Van Deventer (1500-1575) important cartographe de l’époque qui dessina une grande partie des villes les plus réalistes de l’atlas. Ces derniers prenaient comme sources les écrits et illustrations de leurs contemporains tels que, parfois mot pour mot, Gerhard de Kremer alias Gerardus Mercator (1512-1594) et son Atlas, paru à Duisbourg en 1595, ou Sebastian Münster (1488-1552) et sa Cosmographey (1598) pour certaines représentations.
Les gravures sont faites sur cuivre. Par rapport à la technique sur bois, cette amélioration offre une précision inédite pour la réalisation de cartes ou de vues topographiques. Il semble que ce travail fut l’œuvre de Frans Hogenberg pour les quatre premiers volumes et de Simon Van Den Neuwel (latinisé en Simon Novellanus, 1538-1590), pour les deux suivants9. Côté reliure, les planches sont montées sur onglet de manière à pouvoir être manipulées sans dommages et vues bien à plat.
Les images sont variées : panoramas, plans ou vues à vol d’oiseau. Ces véritables « portraits de ville » sont très fidèles à la topographie et à la forme du bâti. « Cet atlas se distingue ainsi nettement des livres illustrés du Moyen Âge ou des débuts de la Renaissance, qui contenaient des vues urbaines non réalistes ou génériques (une même vue pouvant illustrer plusieurs villes) »10.
Selon les volumes, elles peuvent avoir été peintes à la main en couleur ou être restées en noir et blanc. Cet attrait pour les versions colorées a probablement conduit à la colorisation a posteriori de gravures initialement produite en noir et blanc. C’est ainsi que les versions peintes sont d’une grande diversité de teintes et de qualité. On trouve des gravures à dominante bleutée, rosée, verte ou marron. Les coloris de chaque pièce de vêtements varient à l’infini d’une version peinte à une autre. Bien que la gravure soit précise sur la natures des toits, chaume, ardoise ou tuile, le coloriste peut faire un choix de couleur contraire à cette matière, rendant chaque version colorée pratiquement unique.



Vif succès d’édition pour l’époque, l’ouvrage a connu plusieurs rééditions, avec des ajouts de planches ainsi qu’une traduction en allemand à partir de 1574 et en français dès 157511.
Pour acquérir, aujourd’hui, la série en 6 volumes d’une éditions originale complète de ses planches, il faut compter plusieurs centaines de milliers d’euros. Mais il existe de nombreuses réédition complètes ou parcellaires des planches en couleur12.
Pictavia, vulgo Poictiers
Le cinquième volume des Civitates Orbis Terrarum, titré V. Urbium Praecipuarum Mundi Theatrum Quintum, semble être prêt dès 1593 mais ne paraîtra qu’en 1598. Il rassemble 69 planches. La planche n° 10 contient un autoportrait (de dos) de Georg Hoefnagel devant Cabeças (Andalousie) en 156513. La planche n° 18 montre le dolmen de la Pierre Levée tel que dessiné par Georg Hoefnagel en 1561.
Cette planche est divisée en trois. En haut de la double page se trouve une vue panoramique de Poitiers. En dessous, sur la page de gauche figure la Pierre Levée. La planche est complétée en bas, sur la page de droite, par une vue de la ville de Montlhéry (Essonne, Île-de-France).

L’altimétrie est conforme à la réalité. La prise de vue est faite depuis le sud, du plateau qui surplombe le faubourg Saint-Cyprien, face à la ville installée depuis l’époque gauloise sur l’éperon rocheux au confluent du Clain et de la Boivre. Le plateau domine le Clain d’environ 40 mètres, il offre une vue complète de la ville entourée de ses remparts, avec de gauche à droite la quartier Saint-Hilaire, au centre sur le point le plus haut, le Palais des comtes de Poitiers-ducs d’Aquitaine, puis les églises emblématiques de la cité pictavienne : Notre-Dame-la-Grande, la cathédrale Saint-Pierre et l’église Sainte-Radegonde, entre beaucoup d’autres !
Les trois vues sont animées de personnages. Sur la plus grande, un colporteur, avec une manne (panier) pendue à son cou se précipite pour vendre sa marchandise à une femme revenant de la ville. Elle tient un balai de branches de bouleau a la main gauche, porte un lapin à la main droite et deux oies ou canards sur le dos.

Qui est Georg Hoefnagel ?


Flamand, Georg Hoefnagel est un des premiers enlumineurs de manuscrits à avoir apporté une contribution majeure au développement du dessin topographique.
Né à Anvers en 1542 dans une famille riche de diamantaires, il reçoit une bonne éducation et se fait connaître d’abord comme humaniste et poète. C’est un parfait exemple des « esprits curieux » de l’époque. Dessinateur passionné, il compose de la poésie latine, joue de plusieurs instruments de musique et parle plusieurs langues. Mais malgré ses dons artistiques et littéraires précoces son père le contraint à travailler dans l’entreprise familiale.
Il fait son « Grand tour », voyageant en Grande-Bretagne, en France et en Espagne, dessinant dans ses carnets le panorama des villes, les monuments, les costumes locaux, autant d’éléments qu’il utilisera par la suite pour l’ouvrage de Braun et Hogenberg15.

Il décède le 9 septembre 1601 à Vienne (Autriche).
La pierre levee demie lieue de Poictiers
La Pierre-Levée, de par sa proximité avec la ville universitaire va donc faire l’objet des plus anciennes représentations d’un monument mégalithique en France.
C’est très certainement le texte de François Rabelais qui va inspirer deux documents iconographiques pionniers : le premier est une gravure sur cuivre de la fin du 16e siècle d’après le dessin de Georg Hoefnagel, le deuxième est une aquarelle de la fin du 17e siècle par Louis Boudan. Tous deux mettent en scène des étudiants, parfaitement reconnaissables à leurs habits, en train de graver leur nom sur la table du dolmen dont la taille est volontairement exagérée.
Si nous reviendrons longuement sur Rabelais dans le 3e volet de cette étude, il nous faut rappeler ce texte extrait du son premier roman, Pantagruel, paru en 1532. Il évoque la jeunesse de son héros Pantagruel que son père Gargantua envoie étudier à Poitiers :
Puis l’envoya à l’école pour apprendre et passer son jeune âge. De fait vint à Poitiers pour étudier, et y profita beaucoup. Auquel lieu, voyant que les écoliers étaient aucunes fois de loisir et ne savaient à quoi passer temps, en eut compassion, et un jour prit, d’un grand rocher qu’on nomme Passelourdin, une grosse roche, ayant environ de douze toises en carré et d’épaisseur quatorze pans, et la mit sur quatre piliers au milieu d’un champ, bien à son aise, afin que lesdits écoliers, quand ils ne sauraient autre chose faire, passassent temps à monter sur ladite pierre, et là banqueter à force flacons, jambons et pâtés, et écrire leurs noms dessus avec un couteau, et, de présent, l’appelle-t-on la Pierre levée. Et en mémoire de ce, n’est aujourd’hui passé aucun en la matricule de ladite université de Poitiers, sinon qu’il ait bu en la fontaine caballine de Croutelles, passé à Passelourdin, et monté sur la Pierre levée16.
Rabelais nous indique donc qu’il existe à cette époque à Poitiers, la tradition estudiantine de graver leur nom sur la table du dolmen. C’est ce que font les personnages sur la gravure, à l’aide de leur poignard.
Il ne fait aucun doute que l’image de Hoefnagel est plus une illustration idéalisée de l’œuvre de Rabelais que la description fidèle du dolmen. Pourtant, l’emplacement du monument est juste, à gauche du « chemin vers Bourges », à l’ouest et à « une demie lieue de la ville » de Poitiers. Il illustre le Grand Tour, la peregrinatio academica, en mettant en scène quatre jeunes anversois, gravant leur nom sur la table du dolmen (dont lui-même), venus réellement étudier à Poitiers avec leur précepteur (debout et pointant du doigt la ville). On peut en effet affirmer avec une quasi-certitude que Hoefnagel s’est rendu à Poitiers car sur un sauf-conduit daté du 18 août 1562 et destiné à lui permettre (avec Robert van Haeften, Guillaume Mostaert, Jan Van Blommendael et le précepteur [paedagogus] qui en avait la charge, Robert Janss Van Giffen ou Giphanius), de rentrer de Bourges à Anvers, ces cinq noms sont mentionnés17.

En 1561, lorsqu’il réalise les dessins de cette planche à l’âge de 19 ans, Georg Hoefnagel est étudiant en France et passe avec son précepteur et ses camarades à Poitiers. C’est donc en souvenir de cette année et de cette tradition estudiantine qu’il indique en caractères capitaux sur la table du dolmen son nom « GEORGIUS HOUFNAGLIUS Ao 1561 », celui de son précepteur « ROBERTUS GYFANIUS BURANUS, PAEDAGOGUS 1561 » et de trois de ses camarades : « GUILHELMUS MOSTAERT 1561 », « ROBERTUS VAN HAFTEN 1561 », « JOANNES A BL[OMEDAEL] 1561 ».
L’étude récente qu’en donne le grafittologue Luc Bucherie18 montre que, outre les cinq noms mentionnés ci-dessus, une graphie différente isole un deuxième groupe de patronymes évoquant qui le corps professoral, qui des voyageurs, tous (futurs) cosmographes, géographes, historiens, dessinateurs, graveurs ou peintres, marchands d’estampes du nord de l’Europe. Parmi ces noms on reconnaît : G. Mercator (1560), Goltz (1577), G. Braun (1580), Ph. Gallae (1560), Franz Hogenberg (1560) ou encore Jan Sadeler ou Ortelius (tous deux sans date)19. Probablement ont-ils été ajoutés au dessin originel vers 1580 par le graveur qui prolonge la tradition rabelaisienne au profit de la sphère universitaire germanophone. En effet, les dates indiquées sur la gravure (1560, 1561, 1562, 1569, 1570, 1577, 1580) nous permettent de situer sa réalisation entre 1580 et 1593, date à laquelle le 5e volume semble être prêt. Quels sont donc les éminents personnages mentionnés sur la table du dolmen :
- Philippe Galle (1537-1612), cartographe anversois, coéditeur de la première édition des Civitates, il préparera l’édition de poche du Theatrum d’Abraham Ortelius, publiée en 1577.
- Frans Hogenberg (1535-1590), graveur réputé, il travaille sur les cartes de l’Atlas d’Ortelius, avant de rejoindre Georg Braun pour publier les Civitates.
- Gérard Mercator (1512-1594) est un mathématicien, géographe et cartographe flamand, inventeur de la projection cartographique qui porte son nom.
- Abraham Ortelius (1527-1598), est un cartographe et géographe brabançon. Il est l’auteur de ce qui est considéré comme le premier atlas, le Theatrum Orbis Terrarum publié d’abord en latin en 1570, suivi d’éditions en flamand, en français et en allemand.
- Johannes Sadeler (1550-1600), est un graveur illustrateur flamand, premier d’une célèbre famille de graveurs.
- Georg Braun (1541-1622), inscrit « Georgius Braun Colon[iensis]. 1580 », rédacteur des Civitates Orbis Terrarum.
- Hendrik Goltz (1558-1617), dessinateur, peintre et graveur néerlandais.


Force est de constater qu’il ne reste aucune trace de ces graffiti qui n’appartiennent vraisemblablement qu’à l’imaginaire collectif et littéraire. C’est ainsi que l’avocat et géographe néerlandais Paul van Merle (latinisé en Paulus Merula) (1558-1607), précise dans sa Cosmographie generalis, publiée en 1505, qu’il a lu sur la Pierre Levée les noms de Gérard Mercator, de Georges Braun de Cologne, d’Abraham Hortélius et de plusieurs autres savants voyageurs20. Le seul endroit où il a pu les lire, c’est sur la gravure de l’atlas de Georg Braun. Peut-être n’a-t-il jamais vu le monument en réalité.
Le texte qui accompagne la gravure
Dans le 5e volume paru en 159821, Braun consacre quelques lignes à la Pierre Levée au dos de la gravure de Hoefnagel :
Medo circiter milliari Pictavio in itinere quod Avaricum Biturigum ducit, in via regis, admodùm inens saxum, forma quadratum, quinque lapidibus fulcitum spectatur, in quatuor decim circiter pedum latitudinem assurgens. Plerique viatores solent illi memoriae caussanomen insculpere. De hoc lapide multi multa sulpicantur, quae quoniam solis conjecturis nituntur esse certa dici non potest, in per imis, quomodo, quave ex causa & à quibus illuc aliundè translatû fuerit. Multi tanem verum esse putant aquarum eluvionibus terra detectum emersisse,& raritata caussa ab in colis sursum erectum, de quo hi versus extant, Hiperbolici. Hic lapis ingentem superat gravitate Colossum / Ponderis, et grandi Sidera mole petit22.
On ne trouvera pas de traduction française avant l’édition de 1610. Cela donne :
Environ une demie lieue de Poictiers sur le grand chemin qui tire en Berry, il y a une grosse pierre quarree, & est eslevee & appuyee sur cinq autres pierres, large d’environ 14 pieds, ou plusieurs estrangers ont accoutumé dy mettre leur nom pour une souvenance. Plusieurs disent beaucoup de choses de cette pierre, desquels n’estants fondez que sur conjectures, on en peut tirer rien de certain, ny dire comment, pourquoy & par qui elle est la amenée. Beaucoup toutesfois pensent qu’estant couverte de terre, l’innondation des eaux l’aura descouverte, & que pour sa rareté des habitans du pays l’ont faict ainsi élevé : De cette pierre on a faict ces vers : Hic lapis ingentem superat gravitate Colossum / Ponderis, et grandi Sydera mole petit« 23.
Les vers latins peuvent se traduire ainsi : « Cette pierre surpasse le colosse par la pesanteur de son poids et de sa masse énorme cherche à gagner les cieux. »



Collages
Le Rijkmuseum conserve un collage intéressant de notre gravure, dont voici l’histoire. Anna Beek (1657-1717), née Westerstee, était éditrice et graveuse de cartes à la fin du 17e siècle à La Haye. Ses cartes sont très rares car elles ont été publiées à l’unité, non dans des atlas. En plus de son travail de cartographe, elle fut une remarquable coloriste.
Collectionneur de tableaux réputé, Guillaume III d’Orange-Nasau (1650-1702), stathouder des provinces de Hollande, de Zélande, d’Utrecht, de Gueldre et d’Overijssel, appartenant aux Provinces-Unies et futur roi d’Angleterre, puis d’Écosse, la charge entre 1690 et 1700 de produire pour lui une collection de 10 volumes de planches dans des reliures richement ornées aux armes royales hollandaises. Anna Beek, après avoir découpé la gravure dans sa planche d’origine, va agrandir l’image en hauteur, en la collant sur de grandes feuilles, dans un cadre coloré à la main d’un jaune éclatant, séparant le titre de l’image pour le placer en haut du montagne, liant le tout de couleurs pastels dans la zone ainsi créée et sur laquelle elle ajoute ciel et nuages. Elle entoure le tout de bordures d’un jaune éclatant. Cette manière d’agrandir les estampes fut aussi employé par Herman van der Hem(1619-1649) pour le célèbre Atlas Maior (aussi appelé Atlas Blaeu ou Theatrum Orbis Terrarum), recueil de cartes géographiques, gravures et dessins publié en 1662 et en 1665 par le cartographe, imprimeur-libraire et éditeur néerlandais Johannnes Blaeu (1596-1673)25.


Autres réutilisations et copies de la gravure
Réutilisation
D’après une notice du Riksjmuseum d’Amsterdam, la planche (ou seulement la gravure du dolmen ?) a été ré-utilisée au 17e siècle dans deux autres atlas :
- Theatrum exhibens celebriores Galliae et Helvetae urbes. Amsterdam : Johannes Janssonius, 1657 (rééd. 1664)27.
- Tooneel der vermaarste koop-steden. Amsterdam : Erven Johannes Janssonius van Waesberge, 1682.
Copies
La gravure du dolmen de la Pierre Levée de 1598 d’après le dessin de Hoefnagel en 1561 a été reproduite dans plusieurs ouvrages publiés au 19e siècle :
- 1 : Chergé / Pichot 1838a. « Société des Antiquaires de l’Ouest / Vue de la Pierre Levée de Poitiers / Copie fidèle d’une gravure du XVIe siècle / C. L. G. de Chergé lith. / Lith. de Pichot à Poitiers », lithographie h.t., in : Mangon de la Lande Ch.-Fl.-J., 1838.
- 2 : Chergé / Pichot 1838b. »Vue de la pierre levée Poitiers – copie fidèle d’une gravure du XVIème siècle », lithographie sur papier brun par Ch.-L.-G. de Chergé (dessin) et Pichot (gravure). 16 x 24,5 cm. 1838.
- 3 : Facnion 1854. » « , gravure dans le texte (11,5 x 15 cm pour l’image), in : Le Magasin Pittoresque, 1854. p. 8. [graveur J. FACNION ; le SC après la signature est l’abréviation de sculpt.].
- 4 : Anonyme 1889. « Fig. 81.- La pierre levée de Poitiers (réduction d’une vieille gravure). Parmi les signatures on remarque celle de Gérard Mercator, 1660) », in : Carthaillac E., 1889.
Inspiration
L’autre image célèbre de la Pierre-Levée est une aquarelle du peintre, miniaturiste, graveur et dessinateur Louis Boudan (ap. 1641 – ap. 1715), faisant partie de la collection de dessins, gravures et sceaux de l’historiographe François-Roger de Gaignières (1642-1715), est conservée à la Bibliothèque Nationale de France. Elle était destinée à une histoire de France illustrée qu’il rédige pour les enfants royaux. Cette Veüe de Pierre-Levée, prez Poictiers, sur la hauteur du fauxbourg St Saturnin, qui est toute d’une pierre et que l’on vien voir par curiositez estant tenu comme une sépultures des antiens Pictes, date de 1699.

La parenté avec le dessin de Hoefnagel semble évidente quand Boudan met en scène des étudiants et nobles voyageurs autour du roc. Mais le point de vue qu’il choisit est plus explicite. Boudan nous montre le monument non encore effondré, sa table « tout d’une pierre » supportée par cinq piliers dont l’un ne touche pas. Il nous donne les dimensions du monument (36 pieds de long et 24 de large). La légende de l’aquarelle est source d’information puisqu’y sont annoncés : la situation de la pierre, la fonction, l’origine mais aussi l’intérêt que l’on y porte. Il est le premier à évoquer la fonction funéraire du monument ; probablement connaît-il les travaux des antiquaires nordistes. Ici les graffitis sont français et ne se prêtent dans leur banalité à aucun commentaire particulier28. Peut-être faut-il voir ici une tentative de réappropriation du monument, jusque-là annexé par le monde universitaire germanophone.
Conclusion intermédiaire
Hoefnagel et Boudan représentent le dolmen de la Pierre Levée encore debout, même si déjà très ruiné. Aujourd’hui on découvre le monument pour moitié effondré, la dalle de couverture brisée en deux. Cette chute semble avoir eu lieu entre 1747 à 1761, probablement suite à une fouille tentée sous le dolmen. C’est la représentation du monument dans cette deuxième phase de son histoire récente qui nous aborderons dans le deuxième volet de notre étude.

- Portrait de monument (3.1.) : La Pierre Levée de Poitiers… Ou la plus ancienne image d’un dolmen en France par Georg Hoefnagel en 1561.
- Portrait de monument (3.2.) : La Pierre Levée de Poitiers… Un profil célèbre immortalisé par Victor Marie Félix Danvin en 1840
- Portrait de monument (3.3.) : La Pierre Levée de Poitiers… Un cas unique dans la reconnaissance du fait mégalithique en France
- Portrait de monument (3.4.) : La Pierre Levée de Poitiers… Catalogue iconographique raisonné.
Philippe Le Port (Cyrille Chaigneau collab.) pour Les Vaisseaux de Pierres
Bibliographie, webographie et notes
Bibliographie
- Blaeu J., Van der Krogt P., 2005. Atlas Major of 1665. Cologne : Taschen, 2005, 512 p
- Braun G., 1598. Civitates Orbis Terrarum. 5e vol. de l’édition de 1572-1617.
- Braun G., 1610.
- Bucherie L., 2003. « Graffiti rabelaisiens (de Poitiers à la Devinière) », in : Actes du XIIIe colloque international de glyptographie (CIRG) de Venise (1 – 5 juillet 2003).
- Bucherie L., 2005. « la Pierre levée de Poitiers, des graffiti de voyageurs plus vrais que nature », in : Voyages et voyageurs ; Colloque XIII : Voyages imaginaires, voyages extraordinaires. 130ème congrès national des sociétés historiques et scientifiques, La Rochelle, avril 2005.
- Carthaillac E., 1889. La France préhistorique : d’après les sépultures et les monuments. Paris : F. Alcan, 1889. 1 vol., IV-336-32 p. (coll. : Bibliothèque scientifique internationale, n° 68).
- Chergé Ch. de, 1851. Guide du voyageur à Poitiers et aux environs.
- Dehergne J., 1957-1958. « Les cartes continentale du Poitou antérieures au XIXe siècle », in : Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 4e série, t. 4, 1957-1958, p. 463-464.
- Demonet M.-L., 2006, p. 255
- Dez G., 1969b. Catalogue des vues générales et des plans de Poitiers depuis 1561…. 1969.
- Fonteneau L., ms. 1741-1778. Recueil de Dom Fonteneau, Ms 455, t. 78 / MS 547, t. 84.- Poitiers, Médiathèque François Mitterrand
- Mangon de la Lande Ch.-Fl.-J., 1838. « Nouvelles observations relatives à la Pierre-Levée de Poitiers », in : Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, t. 5, 1838.- Poitiers, impr. Saurin frères, 1838.- p. 90-94, 1 pl. pl. h.t. [existe un Tap. : Poitiers, Imp. de F.-A. Saurin, 6 p., 1 lith. h.-t.].
- Monballieu A., 1980. Joris Hoefnagel bij Obertus Gyfanius te Orleans en te Bourges. Deurne : Drukkerij Antigoon, 1980. p. 99-112. Kononklijk Museum voor schone kunsten-Antwerpen.
- Van Merle P., dit Paulus Merula, 1595. Cosmographia generalis Libri tres, item Geographiae particularis Libri quatuor: quibus Europa in genere; speciatim Hispania et Gallia, Italia, describuntur. Cum Tabulis Geographieis. Amsterdam, Cornélium Nicolai, 1595, 1605, 1621 & 1636.
Webographie
- article de Jean-Yves cordier sur la planche n° 10 : https://www.lavieb-aile.com/2015/04/un-autoportrait-de-joris-hoefnagel-devant-cabecas-andalousie-enquete-sur-le-pont-romain-fortifie-de-las-alcantarillas.html
- https://www.lavieb-aile.com/2015/03/ma-bibliographie-sur-joris-et-jacob-hoefnagel.html
- https://mapforum.com/2022/03/16/frans-hogenberg-the-poitiers-stone/
- https://www.lesportesdutemps.com/archives/2019/04/16/37263563.html
Notes
- Cf. Dehergne 1957-1958, p. 463, n° 2 ; Dez 1969b, 288. ↩︎
- Fondée en 1431-1432, l’université de droit civil compte déjà environs 2000 étudiants aux milieu du 16e siècle ↩︎
- Fonteneau ms. 1741-1778. t. 78 ↩︎
- Chergé 1851, p. 251 ↩︎
- Son nom connait différentes variantes : Georg Hoefnagel, Joris Hoefnagel, Georg Hufnagel. Nous utiliserons ici Georg Hoefnagel, car c’est la version la plus proche des deux orthographes inscrites sur la gravure : sa signature sur la table du dolmen « Georgius Hovenaglius » et la mention « Depinxit Georgius Houfnaglius » ↩︎
- Originaire de Cologne, il sera archidiacre de Dortmund et doyen de Notre-Dame-de-Cologne ↩︎
- imprimé par Bertram Buchholtz pour les 5 premiers volumes ↩︎
- L’édition va prendre 45 ans. Le tome 1 (59 planches) parait en 1572, le tome 2 (59 planches) en 1575, le tome 3 (59 planches) en 1581, le tome 4 (59 planches) en 1588, le tome 5 (69 planches) en 1598. Le tome 6 attendra 1617. ↩︎
- https://sanderusmaps.com/our-catalogue/antique-maps/europe/france-cities/old-antique-map-of-hesdin-by-braun-hogenberg-22251?srsltid=AfmBOoqDUYw_iuqDrX8Z9MvoG_iYVCNz61s4T-gduBFESSsBT1xyoSQG ↩︎
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Civitates_Orbis_Terrarum ↩︎
- Les 6 premiers volumes originaux ont été publiés en 1572, 1575, 1581, 1588, 1598 et 1617. Ils seront réédité par Peter von Brachel entre 1623 et 1640. Parallèlement, on trouve des rééditions individuelles de chaque tome. L’atlas à connu en 70 ans plus d’une dizaine d’éditions. A cela il faut ajouter les éditions traduites en français entre 1575 et 1618, les éditions allemandes dès 1574 et les éditions postèrieures à 1640. La BNF possède les trois premiers tomes de l’édition en couleur de 1645 traduite par Jérôme Belle. Malheureusement peu d’exemplaires complets existent, la plupart ayant été démembré (note de Nicolas Charmet que nous remercions). https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/html/le-theatre-des-cites-du-monde-dans-gallica ↩︎
- World Publishing Co. ; Cleveland en 1966 ; Bookking International en 1990 ; Taschen en 2008, etc. ↩︎
- Cf. l’excellent article de Jean-Yves Cordier https://www.lavieb-aile.com/2015/04/un-autoportrait-de-joris-hoefnagel-devant-cabecas-andalousie-enquete-sur-le-pont-romain-fortifie-de-las-alcantarillas.html ↩︎
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Civitates_Orbis_Terrarum ↩︎
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Joris_Hoefnagel ↩︎
- https://fr.wikisource.org/wiki/Gargantua_et_Pantagruel_(Texte_transcrit_et_annoté_par_Clouzot)\P4 ↩︎
- Information de Nicolas Charmet en date du 12 octobre 2022, que nous remercions (cf. : Monballieu 1980, p. 99-112 et Demonet 2006, p. 255) ↩︎
- Bucherie 2003 ↩︎
- « Ils visitent Trèves et la Lorraine. À Poitiers, les voyageurs s’arrêtèrent devant le dolmen de la Pierre-Levée, et y gravèrent leurs noms. Il semblerait qu’il s’agisse de la première signature de géographe d’Ortelius. De retour à Anvers, il réunit ses observations, grave et signe sa première carte. » https://fr.wikipedia.org/wiki/Abraham_Ortelius ↩︎
- Van Merle 1595, vol. II, p. 85 (Poitiers – Médiathèque François Mitterrand (cote B. 3203)) ↩︎
- Les 6 premiers volumes originaux ont été publiés en 1572, 1575, 1581, 1588, 1598 et 1617. Ils seront réédité par Peter von Brachel entre 1623 et 1640. Parallèlement, on trouve des rééditions individuelles de chaque tome. L’atlas à connu en 70 ans plus d’une dizaine d’éditions. A cela il faut ajouter les éditions traduites en français entre 1575 et 1618, les éditions allemandes dès 1574 et les éditions postèrieures à 1640. La BNF possède les trois premiers tomes de l’édition en couleur de 1645 traduite par Jérôme Belle. Malheureusement peu d’exemplaires complets existent, la plupart ayant été démembré (note de Nicolas Charmet que nous remercions). ↩︎
- Braun 1598 ↩︎
- Braun 1610 ↩︎
- https://sanderusmaps.com/our-catalogue/antique-maps/europe/france-cities/antique-map-of-poitiers-and-montargis-by-braun-and-hogenberg-24149 ↩︎
- Blaeu, Van der Krogt, 2005 ↩︎
- https://www.rijksmuseum.nl/en/collection/object/Gezicht-op-de-dolmen-La-Pierre-Levee-bij-Poitiers–61fb342e97393d80f3fb9effa35fb462?tab=data ↩︎
- Elle est conservée à la BNF Cartes et plans GE DD 1262 (16) ↩︎
- Ce dessin est reproduit dans : Beaumont-Maillet 1997, p. 79 ; on lit sur ce dessin les noms suivant, gravés sur la table du dolmen : Louis, François Lauois, Charles, Bernardin, Pierre, Jean-Petit ↩︎
Pour -citer cet article : Le Port Ph. (Chaigneau C., collab), 2026. « », in : Les Vaisseaux de Pierres. Exploration des imaginaires autour et sur les mégalithes de Carnac et d’ailleurs, mis en ligne le 15 février 2026.- https://lesvaisseauxdepierres-carnac.fr/, consulté le : …


