L’œil de la collection Gaignières. Peintre, miniaturiste et graveur français, Louis Boudan (actif entre 1687 et 1715) est une figure indissociable de l’une des plus grandes entreprises documentaires de l’Ancien Régime : la collection de François-Roger de Gaignières.
Un collaborateur de l’ombre. Bien que sa vie personnelle reste largement méconnue, son œuvre est immense. Pendant près de trente ans, Boudan fut le principal collaborateur de Gaignières, érudit et généalogiste passionné. Ensemble, ils ont parcouru les provinces françaises (Bourgogne, Touraine, Poitou, etc.) pour réaliser un inventaire visuel du royaume.
Un talent de précision. Boudan n’est pas un artiste de « grand genre » cherchant la gloire académique, mais un technicien de la mémoire. Dessinant des centaines de vues cavalières de châteaux, d’abbayes et de cités, dont beaucoup ont été détruits à la Révolution, et détaillant avec une minutie chirurgicale les modes vestimentaires de la cour et du peuple dans ses miniatures sur vélin, il a mis en image la France de Louis XIV pour la postérité. Ses relevés précis de tombeaux, de vitraux et de dalles funéraires constituent aujourd’hui une source primaire inestimable pour les historiens de l’art, en faisant un archéologie avant l’heure.
Un héritage documentaire. Son style se caractérise par une clarté presque naïve, privilégiant la fidélité documentaire sur l’effet artistique. En 1711, lorsque Gaignières fit don de sa collection à Louis XIV, le travail de Boudan entra dans les collections royales. Aujourd’hui, l’essentiel de ses dessins — des milliers de feuilles — est conservé à la Bibliothèque nationale de France (Cabinet des Estampes) et à la Bodleian Library d’Oxford. Sans le pinceau infatigable de Louis Boudan, une immense partie du patrimoine architectural et héraldique de la France médiévale et classique nous serait totalement inconnue.
