Portrait de monument (5) : le dolmen des Mousseaux, dit « Les Pierres druidiques » à Pornic (Loire-Atlantique)

  • Dernière modification de la publication :7 juin 2026
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Cette œuvre est celle d’un artiste amateur, qui, probablement venu pour quelques jours de villégiature à Pornic, peint le dolmen Sud-Est du cairn des Mousseaux1. Il agrémente éclaire son tableau d’un soleil bas de fin de journée et dans une émotion très romantique encore, l’anime d’une jeune femme assise sur un bloc, une ombrelle à la main, qui, pensive, observe la tombe à couloir néolithique en ruine.

Des études récentes démontrent que le cairn est le témoin d’une architecture mégalithique spécifique : les dolmens à transepts de la baie de Bourgneuf.

Le monument

Le monument est situé à Pornic, une commune bien représentée dans l’inventaire des monuments mégalithiques de 1880, puisque 9 dolmens et 1 menhir y sont répertoriés2. Le cairn des Mousseaux contient 2 tombes à couloir et fait partie d’un ensemble mégalithique plus vaste. En 1889, « les vestiges et le sol du cairn des Mousseaux, de la butte du Moulin de la Motte et des tombes des trois squelettes » sont classés par liste au titre des monuments historiques3.

Le personnage

Centre de l’attention du peintre, la jeune femme est traitée avec plus de finesse que le monument. On distingue parfaitement toutes les parties de l’ombrelle, comme le « mat » en bambou, la « poignée » sphérique, le » tape à terre », les « aiguillettes »4. Les chaussures sont blanches, comme la robe. Le jeté de la robe sur la pierre peut indiquer une « robe à tournure » à la mode de 1869 à 1888, ou bien une robe ample. Le bout des manches et le col sont agrémentés de dentelles. Le chapeau de paille est souligné par un bandeau de tissu, et recouvert d’un voile de tulle. Les cheveux, noirs sont coiffés en chignon à l’arrière.


On retrouve cette mode vestimentaire vaporeuse dans le tableau de Claude Monet « Femme à l’ombrelle tournée vers la gauche » daté de 18865. Les deux femmes qui visitent le dolmen de la Roche-aux-Fées à Essé en Ille-et-Vilaine sur une photo de 1904, sont habillées de manière comparable, mais dans un tissu plus lourdet l’état du dolmen par rapport à la photo de M. Mieusement situent notre tableau entre 1891 et 1910.


Gravures et plans


Les tombes à couloirs des Mousseaux sont décrites en 1845 dans l’important ouvrage publié en 1845 par Jules Gailhabaud (1809-1888) Monuments anciens et modernes, dans le chapitre qu’il consacre aux tumulus. Le texte, simplement descriptif, est accompagné d’une gravure et d’un plan en format vignette.

Ce tumulus […] a été entièrement fouillé, et […] présente […] deux galeries parallèles dont l′ouverture est tournée au S.−E.(fig. 29). Ces galeries sont composées de grosses pierres brutes, disposées comme celles qui forment les grottes aux fées. Mieux que tout ce que je pourrais dire, l′aspect du plan que j′ai relevé avec le plus grand soin (fig.30), pourra donner une idée exacte de la disposition de ces salles. La longueur totale de la galerie du S.−O. est de 10,55m, la plus grande largeur de 4,35m. La galerie N.−E., longue de 10m, est large de 3m. Au fond de celle−ci, on remarque dans le sol une dépression qui indique le lieu où étaient déposés les ossements. Les galeries ont 1,60m de hauteur. La dimension de ce monument, qui est formé de terre mêlée seulement de quelques pierres, est à peu près …de 24 aˋ25m ; il appartient également à la classe des tumulus larges.

Photographes des monuments historiques


Le « Dolmen sous tumulus » des Mousseaux est classé au titre des Monuments Historiques sur la liste de 1889. Médéric Mieusement, photographe travaillant pour la Commission des Monuments historiques, prend des clichés en 1891 et son beau-fils, Paul Robert (1866-1898) complète cette première campagne avant 18986. Sur ces clichés, la dalle de couverture à l’entrée du couloir de la chambre Sud est brisée en deux blocs qui ont basculés vers extérieurs. Le bloc de droite n’a pas encore glissé le long de la pente comme on le voit sur l’aquarelle. Le cliché lui est donc antérieur.

Les photographes professionnels ou d’atelier


Entre 1880 et 1900, avant l’arrivée de la carte postale, les touristes visitant Pornic pouvaient acheter au moins un tirage photo du dolmen Nord Est en format 10 x 15cm. Une vue très classique de l’entrée du dolmen Nord. L’auteur nous en est pour l’instant inconnu

Cartes postales

Les ruines des deux tombes à couloir du cairn des Mousseaux ont fait l’objet de nombreuses cartes postales au début du 20e siècle. Nous en avons recensé 28.

Dugas, éditeur à Nantes, leur consacre quatre cartes dès 1903 : une du cairn vu de profil, une vue de la façade, une vue de l’entrée du dolmen Sud-Est et une autre de l’entrée du dolmen Nord-Est78.

Léon et Lévy produit vers la même date au moins deux cartes postales, dont une rare carte de l’intérieur d’une des chambres.

A partir de 1904, d’autres éditeurs locaux leur emboitent le pas avec des cartes à dos divisés. La vue d’ensemble faite par L.B. Saint-Nazaire permet de découvrir un muret de soutènement, des linteaux épars ainsi que l’environnement du cairn.


On peut citer aussi F. Chapeau à Nantes qui réalise une suite de quatre cartes, Joseph Nozais à Nantes qui produit une belle carte en couleur « simili-aquarelle », Vasselier à Nantes, H. Penot à Nantes, CIM à Macon et plus récemment la carte en couleurs « sauvons les Pierres Druidiques » d’Artaud en collaboration avec les « Amis du Pays de Retz ».


Les cartes postales prouvent que le site est appelé « les pierres druidiques » tout au long du 20e siècle, C’est le nom qui lui est donné sur 65 % des cartes (18 cartes postales sur les 28). Nous avons placé quelques exemples de ces cartes dans la suite du texte et la totalité de celles que nous connaissons dans la Cartothèque en bas d’article.

La série « Dugas » en 1903

Les cartes « LL » vers 1903

La société parisienne Léon et Lévy, produit au moins deux cartes postales vers 1903, dont la seule vue de l’intérieur d’un des dolmens que nous connaissons en carte postale.

La carte de « LB. St Nazaire » 1904

Ce cliché est particulièrement intéressant, puisqu’il nous montre un muret de soutènement, des linteaux épars ainsi que l’environnement du cairn dont un moulin, peut-être celui que mentionne Jules Gailhabaud (cf. supra).

La carte Nozais de 1905

Cette carte postale éditée par la société J. Nozais est remarquable par sa mise en couleur en « Simi-Aquarelle » extrêmement soignée

Les photographes amateurs


Si les cartes postales sont nombreuses, nous n’avons trouvé que deux clichés amateurs, un pris en 1920, l’autre en 1960. Les « pierres druidiques » sont reconnues localement, mais le monument n’a pas d’envergure touristique régionale ou nationale. L’intérêt de se prendre en photo devant est moindre. Le « j’y étais ! » est moins vendeur qu’à Carnac !

Le cairn des Mousseaux aujourd’hui

Le site est connu depuis qu’un inspecteur des monuments historiques, F. Verger déblaya en 1840 les deux tombes mégalithiques qu’il renferme. Il dégagea également au moins partiellement les trois parements concentriques en pierre sèche du cairn. Il est à nouveau exploré par Jean L’Helgouac’h et Henri Poulain de 1975 à 19779.

Une première restauration est entreprise, mais elle reste incomplète et le site se dégrade. En 2002, Gilles Leroux, un simple particulier, entreprend de restaurer bénévolement le cairn.

En 2002, Gilles Leroux, un simple particulier qui aime ce tumulus où il a joué quand il était enfant, crée l’ARDJB (Association-Restauration-Dolmen-Jade-Breton) avec quelques membres de sa famille et des amis, et il entreprend de restaurer, bénévolement, le dolmen des Mousseaux et celui de la Joselière sous le contrôle du service archéologique de la région. Pendant des soirs, après son travail, Gilles, sa famille et ses amis donnent de leur temps pour cette œuvre de sauvegarde du patrimoine pornicais. Déblayage, apport de 35 tonnes de pierres et 25 tonnes de sable de carrière, puis taillage et calage précis des pierresLe résultat est là, aujourd’hui le tumulus des Mousseaux a retrouvé une partie de sa splendeur d’antan »10.


C’est sans doute à cette époque qu’est éditée une carte postale par les « Amis du Pays de Retz » au profit de la restauration du monument.

Le classement de 1889 est précisé par arrêté le 22 juin 200611.

Les dolmens à transept ligériens

Le cairn des Mousseaux est emblématique d’une forme spécifique d’architectures monumentales funéraires néolithiques que l’on trouve principalement autour de la baie de Bourgneuf : les dolmens à transepts.

Les sépultures mégalithiques transeptées de l’estuaire de la Loire, bien représentées par le cairn des Mousseaux à Pornic, sont liées à une tendance architecturale générale que caractérise l’adjonction de chambres latérales sur des édifices dont le plan de base reste celui de la tombe à couloir. Elles constituent une unité régionale très typique et permettent d’identifier l’existence d’une petite société néolithique originale, particulièrement centrée autour de la baie de Bourgneuf mais pouvant avoir des antennes jusque vers le nord de la Brière…La position chronologique des tombes à transept est définie par le matériel archéologique, fortement influencé par la culture chasséenne avec coupes à socle, donc à la charnière des IVe et Ille millénaires. Les quelques gravures de la tombe de la Croix à Pornic confirment les relations culturelles avec les sociétés du Golfe du Morbihan13.

Philippe Le Port pour Les Vaisseaux de Pierre

Bibliographie et webographie

Webothèque

Bibliographie

  • L’Helgouac’h J., 1976. « Le cairn des Mousseaux à Pornic (Loire-Atlantique) », in : Bulletin de la Société polymatique du Morbihan, vol. 104,‎ 1976, p. 161-172
  • L’Helgouac’h J., 1996. Mégalithes en Loire-Atlantique : recherches récentes autour de l’estuaire de la Loire. Nantes : Association d’Études Préhistoriques et Historiques des Pays de la Loire, 1996, 24 p.
  • L’Helgouac’h J., Poulain H., 1984. « Le cairn des Mousseaux à Pornic et les tombes mégalithiques transeptées de l’estuaire de la Loire », in : Revue archéologique de l’ouest, tome 1,‎ 1984, p. 15-32.
  • Martin H., Mortillet (de), Salmon, Chantre, Cartailhac, Leguay, 1880. « Inventaire des monuments mégalithiques de France », in : Bulletins et Mémoires de la Société d’Anthropologie de Paris, 1880 (3). p. 64-131.
  • Tessier M., Geslin E., Forre Ph., Poinsot F., 2011. « Un toit pour nos aïeux, le mégalithisme en Pays de Retz (Loire-Atlantique) », in : Bulletin Études de la Section Nantaise de Préhistoire, no 26,‎ 2011, p. 18.

Notes

  1. Pour tout savoir sur le cairn des Mousseaux : https://www.cotedejade.fr/histoire/histoire-pornic-patrimoine-pierres-druidiques.php ↩︎
  2. Martin et alii 1880, p. 67 (https://www.persee.fr/doc/bmsap_0301-8644_1880_num_3_1_3290) ↩︎
  3. Voir la genèse de cette liste dans l’article
    https://lesvaisseauxdepierres-carnac.fr/henri-martin-historien-homme-politique-et-protecteur-des-megalithes/ ↩︎
  4. https://www.parapluieparis.com/blog/parapluie/elements-constituent-parapluie.html ↩︎
  5. https://fr.wikipedia.org/wiki/Femme_%C3%A0_l%27ombrelle_tourn%C3%A9e_vers_la_gauche ↩︎
  6. https://monumentum.fr/monument-historique/pa00108776/pornic-dolmen-sous-tumulus ↩︎
  7. Trois indiquent le nom de l’éditeur « Héliotypes Dugas Nantes ». Le site CPrama indique
    « Heliotypie Dugas : Important éditeur de Nantes. Il possédait son imprimerie au 5 quai Cassard (carte n°225) à laquelle succéda l’Imprimerie Armoricaine. On lui connait plus d’un millier de cartes, souvent en héliotypie ».
    https://www.cparama.com/forum/editeur-dugas-et-cie-a-nantes-44-t17531.html. ↩︎
  8. La quatrième porte le nom du revendeur : « Préfailles -Grand Bazar -Deffain ». « Quand mon arrière arrière-grand-père a fait construire le magasin, explique Sophie, descendante Deffain et actuelle propriétaire du Grand Bazar de Préfailles, il s’est inspiré du pavillon Baltard à Paris. D’ailleurs, le premier nom du magasin, c’est le Grand Bazar Parisien. A l’époque, il n’était ouvert qu’en juillet et août. » https://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/insolite-prefailles-magasin-musee-voir-absolument-1794365.html ↩︎
  9. L’Helgouac’h, Poulain 1984 (https://www.persee.fr/doc/rao_0767-709x_1984_num_1_1_858) ↩︎
  10. https://alain-barre.over-blog.com/2017/01/gilles-leroux-et-la-restauration-du-tumulus-des-mousseaux.html ↩︎
  11. https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00108776 ↩︎
  12. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tum_Mousseaux_01_Pornic.jpg ↩︎
  13. L’Helgouac’h, Poulain 1984 (https://www.persee.fr/doc/rao_0767-709x_1984_num_1_1_858) ↩︎

Pour citer cet article : Le Port Ph., 2025. « Portrait de monument (5) : le dolmen des Mousseaux, dit « Les Pierres druidiques » à Pornic (Loire-Atlantique) », in : Les Vaisseaux de Pierres. Exploration des imaginaires autour et sur les mégalithes de Carnac et d’ailleurs, mis en ligne le 23 février 2025 ; révisé le 5 juin 2026. https://lesvaisseauxdepierres-carnac.fr/, consulté le : …

Cartothèque

Photothèque

Texte complet de l’ouvrage de Jules Gailhabaud

A 1 kil. au N.-O. de Pornic (Loire-Inférieure), au milieu d’une plaine, s’élèvent plusieurs tumulus. Le premier qu’on rencontre présente dans sa partie N.-E. l’entrée de deux galeries à peine déblayées. La galerie S.-E. a de 0,80 à 0,90cm de largeur, sur une hauteur de 1,50m, le sol primitif n’étant pas entièrement découvert. La galerie N.-O. a 1,50m de largeur, et autant de hauteur. L′une et l′autre ne sont pas praticables au-delà de 2m environ. Le diamètre de la butte, qui est en grande partie détruite, est de 24 aˋ25m. Ce tumulus large est un galgal composé de fragments amoncelés de quartz grossier et d′arkose schisteux. A côte de ce monument est un moulin qui paraît être placé sur un autre tumulus ; des fouilles pourraient seules confirmer cette conjecture. Du reste, cette butte est placée sur une même ligne de l′E.aˋl′O. que le tumulus dont nous venons de parler, et un troisième qui a été entièrement fouillé, et qui est par cela même le plus curieux des trois. Celui−ci présente, comme le premier, deux galeries parallèles dont l′ouverture est tournée au S.−E.(fig.29). Ces galeries sont composées de grosses pierres brutes, disposées comme celles qui forment les grottes aux fées. Mieux que tout ce que je pourrais dire, l′aspect du plan que j′ai relevé avec le plus grand soin(fig.30), pourra donner une idée exacte de la disposition de ces salles. La longueur totale de la galerie du S.−O. est de 10,55m, la plus grande largeur de 4,35m. La galerie N.−E., longue de 10m, est large de 3m. Au fond de celle−ci, on remarque dans le sol une dépression qui indique le lieu où étaient déposés les ossements. Les galeries ont 1,60m de hauteur. La dimension de ce monument, qui est formé de terre mêlée seulement de quelques pierres, est à peu près la même que celle du premier tumulus ; il appartient également à la classe des tumulus larges.

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