Le musée imaginaire (13) : Pierre Lehoux

  • Dernière modification de la publication :21 mai 2024
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Pierre Adrien Pascal LEHOUX est un peintre français, né le 9 août 1844 à Paris et mort à l’âge de 52 ans dans la même ville le 23 mai 1896. Fils du peintre orientaliste François LEHOUX (1803-1889), il entre à l’École des Beaux-Arts de Paris où il est l’élève d’Alexandre CABANEL (1823-1889). Il remporte le prix du Salon de 1874 avec son tableau Saint Laurent, martyr acquis par l’État et aujourd’hui exposé au musée d’Orsay à Paris.

Il compte parmi ses amis Fernand CORMON (1845-1924), qui peint son portait en 1894 (Paris, musée d’Orsay), et Henri LEFORT des YLOUSES qui grave son portrait à l’eau forte vers 19001. Un artiste entouré d’artistes donc.

Il est connu pour sa peinture d’histoire et singulièrement d’histoire religieuse. David et Goliath (1873), Le Martyre de Saint Étienne (1877), Saint Martin porté au ciel par deux anges (1885), Saint Laurent martyr (1874), figurent parmi les œuvres qui établirent sa renommée.

La photo ci-dessous du Saint Laurent Martyre rend peu justice à l’aspect imposant de l’original qui fait 3 x 4 m, mais on observe bien l’utilisation spécifique que fait Lehoux de la couleur. Les tuniques, pantalons et culottes des personnages sont d’une couleur unie : rouge, jaune ou bleu. La notice du Musée d’Orsay indique : « il insuffle une dimension étrange à ses tableaux par l’usage de couleurs stridentes, non dénuées d’un certain maniérisme ». On retrouve exactement la même démarche dans son Saint Martin porté au ciel par deux anges, conservé au Musée des Beaux-Arts de Nantes.

Le Menhir du Conguel par Pierre Lehoux

Ce tableau, peinture à l’huile sur panneau, qui représente le grand menhir de Conguel, à la pointe de la presqu’île de Quiberon, ne fait pas partie de ses thèmes habituels. Il attire le regard avec ses tons clairs et gais, alors que, habituellement, les tableaux de Lehoux sont plutôt sombres. Mais l’artiste est satisfait et reconnait pleinement son œuvre, sa signature est soignée, malgré sa petite taille. Pour notre bonheur il situe son œuvre au recto et précise son sujet au verso.

La palette des couleurs utilisée ici par Pierre Lehoux est presque agressive pour un tableau de la fin du 19ème siècle. Le vert, le jaune et le bleu de la lande du premier plan, l’orangé des lichens sur le menhir, le jaune clair des plages au fond de la baie, le bleu soutenu de la mer et celui plus clair du ciel. La notice du Musée d’Orsay ne se trompe pas quand elle signale des “couleurs stridentes”.

La facture est moderne pour ce peintre du 19ème siècle. La peinture recouvre à peine le bois, dont on distingue parfaitement les fibres et la teinte sous les coups de pinceaux. L’artiste fait ressortir le menhir en incisant légèrement le panneau déjà peint. Ces incisions soulignent le pourtour du monolithe, ses arêtes principales et les fissures de la roche. Discret, le procédé n’est perceptible qu’en se rapprochent de l’œuvre.

Reste maintenant à renseigner le voyage et la présence de Pierre Lehoux à Quiberon. L’enquête est ouverte…

Le menhir de Goulvarc’h ou Goulvars, à Quiberon (56)

Le menhir de Goulvarc’h ou Goulvars, impressionnante flèche planté dans les dunes de la pointe de Conguel, a su retenir l’attention des artistes. On connait ainsi quelques très belles représentations de ce monolithe remarquable.

La plus ancienne est une gravure à l’eau-forte réalisée par le graveur autrichien Benedict PIRINGER (1780-1826) d’après un dessin du peintre, aquarelliste et dessinateur d’architecture Jean-Lubin VAUZELLES (1776-1839). Elle fut publiée en 1816 dans le livre du comte Alexandre de LABORDE (1773-1842) : Les monuments de la France classés chronologiquement et considérés sous leur rapport des faits historiques et de l’étude des arts (tome 1er.- Paris, imprimerie de Didot l’ainé, 1816).

La Bibliothèque Nationale de France conserve un dessin à la mine de plomb, légèrement plus récent, du dessinateur Auguste DESPERET (1804–1865), intitulé : Cromlec’h. Menhir de Quiberon. Ce dessin faisait partie de la collection de Hippolyte DESTAILLEUR (1822-1893). Il servira de base à une gravure publiée en 1864. Si DEsperet reproduit sans équivoque le dessin de Vauzelles, il ajoute à la grande stèle quiberonnaise un assemblage d’architectures de pierres dressées et de trilithes, qui bien évidemment, jamais n’existèrent en Bretagne. Ce détail signale que nombre de dessinateurs du début du 19ème siècle travaillaient à partir de documentation de seconde main (gravures et textes).

Le menhir de Goulvars sera par la suite très souvent photographié et reproduit en carte postale par plusieurs éditeurs vers 1900-1910.

Il sera magnifiquement peint un peu plus tard par Ernest-Pierre GUERIN (1887-1952). Ce tableau a été acheté par un collectionneur privé il y a quelques années en salle de ventes publiques.

Le menhir de Goulvarc’h ou Goulvars (ambre en breton) est mentionnée pour la première fois en 1825 par le chanoine Mahé, dans son inventaire. Cette grande stèle, semblant isolée, mesure près de 5,25 m de haut pour 2,00 m de large. James Miln pratiqua des fouilles à son pied en 1876, mais nous n’en connaissons pas le résultat. Selon Zacharie Le Rouzic, sa hauteur totale, incluant la base enfouie dans la dune, serait de 6 m. Il est toujours en place aujourd’hui. Enclos derrière le village-vacances de la SNCF, son environnement ne le met malheureusement plus en valeur.

Philippe Le Port (collab. Cyrille Chaigneau) pour Les Vaisseaux de Pierres

Webographie

Notes

  1. dont nous reparlerons bientôt à bord des Vaisseaux ↩︎

Pour citer cet article : Le Port P., (Chaigneau C., collab.), 2023. Le musée imaginaire (13). Pierre Lehoux. In : Les Vaisseaux de Pierres. Exploration des imaginaires autour et sur les mégalithes de Carnac et d’ailleurs, mis en ligne le 20 novembre 2023.- hn mètre dans le sol, selonttps://lesvaisseauxdepierres-carnac.fr/, consulté le : …

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