
Geo Condé (1891-1980) fait partie des nombreux artistes Lorrains qui ont représentés les mégalithes de Carnac1. Il nous livre ici sa vision personnelle de l’iconique point de vue des alignements du Ménec « au pignon blanc et à la meule de foin ».
Quelques éléments biographiques
Pour vous présenter cet artiste peintre, sculpteur, céramiste et marionnettiste par trop méconnu, nous empruntons quelques bribes de l’article très complet qui lui est consacré sur Wikipédia, auquel nous vous renvoyons2.
Georges Jean Condé, dit Geo, est né le 25 juin 1891 à Frouard, au nord de l’agglomération de Nancy (actuel département de Meurthe-et-Moselle), dans cette partie de la Lorraine historique restée française après la signature du traité de Francfort en 1871.
Fils d’épicier, il est initié très tôt à la peinture et à la musique. Après le vote de la loi du 7 juillet 1904 (dite « loi Combes »), relative à la suppression de l’enseignement congréganiste en France, ses parents l’envoient en pension en Belgique où il termine ses études pour entrer à l’école d’architecture de Bruxelles.
A la suite d’un service militaire de trois ans débuté en 1911, il est mobilisé et participe à la Grande Guerre, pendant laquelle il passe son brevet d’aviateur en 1916. Après la guerre il entre à l’École nationale supérieure d’art de Nancy, dirigée par Victor Prouvé dont il est l’élève.
En 1922, il intègre le groupe Faïencerie de Lunéville-Saint-Clément et Badonviller comme modéliste, pour en devenir au moins à partir de 1933, le conseiller artistique et ce jusqu’en 1939, date à laquelle il est à nouveau mobilisé.
Figurant à partir de 1931 dans le Dictionnaire biographique des artistes contemporains, on le voit exposer dès 1923 à Paris et Nancy. En 1924, il présente Paysage à Liverdun au Salon des indépendants, auquel il participe jusqu’en 1929.
A partir des années 1950, en plus des sites lorrains qu’il portraiture de manière dépouillée, mais toujours fidèle à la réalité, associant pastel, fusain, crayon et gouache, il ajoute ceux des régions qu’il visite chaque été (Bretagne, Corse, Normandie, Côte d’Azur, etc.). A côté, sa peinture à l’huile est elle très colorée et riche de fantaisie.
Il décède le 3 juin 1980 au hameau de La Poste-de-Velaine, dans la commune de Meurthe-et-Moselle de Velaine-en-Haye où il résidait depuis 1960.


L’œuvre : les alignements du Ménec à Carnac
La plus ancienne représentation connue du groupe de stèles du Ménec avec le village en toile de fond est dessinée en 1827 par Jean-Baptiste-Joseph Jorand (1788-1850), lithographiée en 1829 et éditée en 18303.

Pendant un siècle, ce point de vue n’est pratiquement plus utilisé par les artistes. Il faut attendre la surélévation du bâtiment de ferme avec son pignon blanc caractéristique pour qu’à partir de 1945 il devienne presque un symbole de Carnac et soit utilisé par tous les éditeurs de carte postales, par la SNCF4, et par des peintres, dont Jean Oberlé en 19495 ou Roger Marage en 19556.

L’aquarelle est faite d’un geste nerveux. Condé semble jeter les menhirs sur la feuille, où ils tombent comme ils peuvent, avec un penchant pour l’inclinaison. Les traits du dessin initial au crayon restent bien visibles. Le ciel est traité, semble-t-il sans grand soin, avec des coups de pinceaux horizontaux et courts, empilés les uns sur les autres. Une auréole étroite autour du menhir principal marque sa silhouette. Cela semble plus proche d’un croquis que d’une œuvre finie. Elle semble donc avoir été réalisée « sur le sujet », malgré un format (49 x 65 cm) qui parait bien grand à transporter.
Le tableau de Condé est précis, la meule de foin est à la bonne place, le long du cromlech, et on reconnait le menhir couché que Jorand appelle « le Vaisseau ». La composition est particulièrement réussie. Le menhir le plus proche occupe presque toute la hauteur de la feuille et surplombe de sa masse le reste du groupe de stèles. On retrouve bien là la « patte » de Geo Condé sur ses faïence art déco où tout en simplifiant la réalité il en retranscrit les éléments marquants.
L’œuvre : Belle-Île
Lors de ce voyage dans le Morbihan, Geo Condé se trouve le 20 août 1950 à Belle-Île. Il y compose une autre aquarelle dans le même esprit que la première et sur une feuille de dimensions similaire. Son aspect de croquis et l’indication de la date du jour semblent là encore témoigner d’une réalisation « sur le sujet ».
Condé donne peu de place à l’océan ; ce sont les reliefs escarpés de l’île qui le frappent. Deux bois convergent et s’engouffrent dans un vallon pentu et étroit qui les conduit à la mer. Dans un même mouvement convergent, les andains ondulent et conduisent notre regard vers le bord du précipice qui semble ainsi tout avaler.

Conclusion
Un site internet est dédié à Geo Condé. Vous y découvrirez une soixantaine de réalisations de cet artiste attachant : dessins, peintures, faïences et marionnettes. Nous espérons que les deux œuvres que nous vous avons présentées vous donneront envie d’aller y butiner7.
Philippe Le Port pour Les Vaisseaux de Pierre
Notes
- Quelques familles de la haute bourgeoisie nancéenne ont été parmi les premiers acquéreurs de parcelles du tout nouveau lotissement de Carnac-Plage vers 1900. Parmi elles, les Keller, les Péquard, les Prouvé, etc… Les deux premières financent les recherches archéologiques de Zacharie le Rouzic, participant à ses fouilles ou en conduisant elles-mêmes. ↩︎
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Geo_Cond%C3%A9 ↩︎
- https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b2300682h.item ↩︎
- https://lesvaisseauxdepierres-carnac.fr/quand-les-alignements-de-carnac-decoraient-les-wagons-de-la-sncf/ ↩︎
- https://lesvaisseauxdepierres-carnac.fr/jean-oberle-le-menec-a-carnac-1949/ ↩︎
- https://lesvaisseauxdepierres-carnac.fr/le-musee-imaginaire-23-roger-marage-1922-2012-quand-le-regard-changeait-sur-les-pierres-de-carnac/ ↩︎
- https://geoconde.com ↩︎
Pour citer cet article : Le Port Ph., 2025. « Le musée imaginaire (22) : les alignements du Menec à Carnac et les falaises de Belle-Île-en-Mer (août 1950) par Geo Condé », in : Les Vaisseaux de Pierres. Exploration des imaginaires autour et sur les mégalithes de Carnac et d’ailleurs, mis en ligne le 29 mai 2025. https://lesvaisseauxdepierres-carnac.fr/, consulté le : …


