Le musée imaginaire (23) : Georges FOUCAULT (1882-1962), le peintre du silence et le menhir du Reun à Treffiagat (Finistère)

  • Dernière modification de la publication :29 août 2025
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Étrange que ce menhir isolé, tel un géant vouté recouvert d’une pèlerine et d’une ample capuche, posé sur un socle rocheux dominant un long cordon dunaire avec la mer en toile de fond. Et malgré tous ces ingrédients ; aucune carte postale ancienne, semi-moderne ou moderne à se mettre sous la dent. Aucune protection au titre des Monuments historiques non plus avant 1975 ! Perdu dans les confins bordiers du pays bigouden, le beau menhir du Reun (ou de Skividan) fut longtemps oublié.

En 1938, Georges Foucault passe par là, sans doute par hasard, et il nous en offre cette rare représentation. Soucieux de lui conserver sa tranquillité, il prend le soin de mal orthographier son nom et de le situer inexactement.

L’artiste

Né à Montereau en 1882, Georges FOUCAULT suit une formation d’ingénieur basée sur le dessin et les mathématiques. La peinture est d’abord un violon d’Ingres qui va petit à petit s’imposer à lui, pour devenir son métier. Il expose pour la première fois aux Indépendants de 1910, et, dès 1919, au Salon d’Automne, dont il devient sociétaire en 1922.1

« Il fut l’ami de peintres célèbres, tels que le cubiste André BEAUDIN, l’expressionniste Armand NAKACHE, l’impressionniste Jules JOEL, LOTIRON, DESLIGNIERES, Marie LAURENCIN, DEMEURISSE, DESHAIE etc. »2

« Là, tout n’est qu’ordre et beauté, comme le dit Baudelaire. Et là tout n’est que silence. Dans ses paysages, pas un bruit, pas un mouvement, comme dans ses nombreuses natures mortes. Même ses scènes intimistes ou ses tableaux de marins bretons ont le charme d’un bouquet de fleurs posé sur un meuble rustique : l’épouse tricote, les enfants lisent, les adolescents peignent à leur tour des paysages assoupis»3

En 1945, il crée avec quelques amis, MUSE 45, une association d’artistes de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) qui perdure aujourd’hui.

Le monument

Situé au sommet d’une ancienne falaise morte de 7-8 m de hauteur, il domine la petite plaine littorale qui le sépare de la mer, le menhir du Reun, avec ses 6 mètres de haut et eses 2,60 m de largeur à la base, est l’une des plus belle stèle néolithique du Pays Bigouden, probablement une des zones les plus riches en architectures monumentales funéraire et symbolique de la préhistoire récente en Bretagne après les rives du Morbihan4.

En toponymie bretonne, Reun désigne un tertre, une éminence rocheuse. Ici le rocher à nu affleure sur une centaine de mètres au sommet de l’ancienne falaise, granite à deux micas, raboté et poli par l’érosion. C’est sur cette plateforme rocheuse, le la stèle, prélevée sur place, a été installée dans une anfractuosité étroite naturelle profonde d’un mètre environ.

Ce menhir fait partie d’un ensemble monumental qui semble signaler et encadrer une zone de production salicole préhistorique. Le secteur de l’étroit marais de Léhan, ensablé à une période récente, présente l’association connue par ailleurs en Pays Bigouden, entre des menhirs de bas-fond et une nécropole en position dominante (l’allée couverte aujourd’hui disparue du Reun fouillée en 1882 par Paul du Châtellier), accompagnés par ce grand menhir et sans doute de la plus grande surface garnie de cupules de la région, découverte en 1967 par un paysan local et étudiée par Pierre Gouletquer (CNRS)5. La comparaison avec la région carnacéenne est ici très pertinente.

Les rochers gravés du Reun sont inscrits MH par arrêté du 14 février 19747 ; le menhir est quant à lui inscrit MH depuis le 4 novembre 19758.

L’œuvre

On aime beaucoup la quiétude de ce tableau, qui évoque les animés japonais bien avant que ceux-ci n’existèrent. Ne s’attend-on pas à ce que le menhir ne se mette à avancer ?. Voici quelques vues de détail en guise de conclusion.

Philippe LE PORT et Cyrille CHAIGNEAU pour les Vaisseaux de Pierres

Bibliographie

  • Châtellier P. du, 1879. « Exploration du tumulus et du menhir du Run, en Tréffiagat (Finistère) », in : Mémoire de la Société d’émulation des Côtes-du-Nord, vol. 16,‎ 1879, p. 6-7.
  • Châtellier P. du, 1881. « Fouilles aux pieds des Menhirs du canton de Pont-l’Abbé (Finistère). De la destination de ces monuments », in : Matériaux pour l’histoire primitive et naturelle de l’homme, vol. XII,‎ 1881, p. 55-57.
  • Gouletquer P., Weller O., 2010. « Continuités et discontinuités dans l’exploitation du sel sur la côté atlantique de Bretagne », in : Haute Normandie archéologique, 2010, 14, pp.95-105.

Sitographie

Notes

  1. L’Acropole, avril 1952 : https://www.foucault-georges-peintre.com/tableaux-et-dessins ↩︎
  2. Hommage de L. Demouge : https://www.foucault-georges-peintre.com/revue-de-presse ↩︎
  3. https://www.foucault-georges-peintre.com/ ↩︎
  4. https://treffiagat.bzh/wp-content/uploads/2016/07/prehistoire.pdf ↩︎
  5. https://shs.hal.science/halshs-00486135/document ↩︎
  6. https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00090459, notice no PA00090459 ↩︎
  7. https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00090456, notice no PA00090456 ↩︎
  8. https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00090459, notice no PA00090459 ↩︎

Pour citer cet article : Le Port Ph., Chaigneau C., 2025. « Le musée imaginaire (23) : Georges FOUCAULT (1882-1962), le peintre du silence et le menhir du Reun à Treffiagat (Finistère) », in : Les Vaisseaux de Pierres. Exploration des imaginaires autour et sur les mégalithes de Carnac et d’ailleurs, mis en ligne le 11 juillet 2025.- https://lesvaisseauxdepierres-carnac.fr/, consulté le : …

Cet article a 2 commentaires

  1. Anne

    J’aime beaucoup ce tableau et oui, le menhir avance ….
    J’y suis passée cet été, difficile de voir les cupules, la végétation avance, j’ignorais qu’il y avait une production salicole préhistorique !

  2. Les vaisseaux de pierres

    La production salicole est une des bases possibles du phénomène carnacéen… C’est Pierre Gouletquer qui le premier proposa cette hypothèse très pertinente… pour le pays bigouden comme pour les rives du Morbihan.

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