Émilien de Nieuwerkerke est une figure clé de la vie culturelle française du Second Empire, incarnant l’alliance entre l’art, la politique et la haute administration.
Né à Paris dans une famille d’origine néerlandaise, il s’oriente d’abord vers la carrière militaire avant de se découvrir une passion pour la sculpture. Proche des milieux légitimistes, sa vie bascule en 1845 lorsqu’il devient l’amant de la princesse Mathilde Demidoff, cousine de Louis-Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III). Cette liaison lui ouvre les portes du pouvoir.
Le « ministre des Arts » du Second Empire
Dès 1849, il est nommé directeur général des Musées nationaux. À ce poste, qu’il occupe pendant deux décennies, il réorganise en profondeur le musée du Louvre, enrichit considérablement ses collections (notamment en antiquités et peintures) et supervise les grands travaux de liaison entre le Louvre et les Tuileries. Nommé surintendant des Beaux-Arts en 1863, il devient le véritable chef d’orchestre de la politique artistique impériale, réformant l’École des beaux-arts et régissant le Salon officiel (ce qui lui vaudra l’hostilité des peintres réalistes et impressionnistes).
L’artiste et le collectionneur
Parallèlement à ses fonctions, Nieuwerkerke est un sculpteur reconnu (on lui doit la statue équestre de Napoléon Ier à la Roche-sur-Yon) et un archéologue amateur passionné. Grand érudit, il rassemble une collection exceptionnelle d’armes, d’armures et d’objets d’art de la Renaissance, aujourd’hui conservée en grande partie à la Wallace Collection à Londres.
La chute de l’Empire en 1870 met fin à sa carrière. Il s’exile en Italie, où il meurt en 1892, laissant l’empreinte d’un administrateur d’une efficacité redoutable et d’un mécène d’État incontournable du 19e siècle.
