L’esthète et le bâtisseur. D’abord tenté par la littérature et la musique, Marcel L’Herbier découvre le cinéma durant la Première Guerre mondiale au sein du Service Cinématographique des Armées. Ce choc visuel transforme le dandy lettré en un théoricien acharné, convaincu que le cinéma est l’art total du 20e siècle.
L’âge d’or de l’avant-garde. Dans les années 1920, il devient le chef de file de la « Première Avant-Garde » (ou Impressionnisme français). Avec des chefs-d’œuvre comme El Dorado (1921) ou L’Inhumaine (1924), il explore les limites du langage visuel : flous artistiques pour traduire l’ivresse, montages effrénés et décors modernistes. Pour lui, la caméra ne doit pas seulement enregistrer le réel, elle doit l’interpréter. Son film L’Argent (1928), fresque monumentale adaptée de Zola, marque l’apogée du muet par sa virtuosité technique.
Un visionnaire des institutions. L’Herbier n’est pas qu’un créateur ; c’est un politique de l’image. Comprenant que le cinéma a besoin de structures solides, il fonde en 1943 l’IDHEC (ancêtre de la Fémis), l’école nationale de cinéma, pour professionnaliser les métiers du septième art. Il s’investit également dans la défense du droit d’auteur et anticipe très tôt l’importance culturelle de la télévision.
Héritage. Passé au parlant avec succès mais moins d’audace formelle, il laisse derrière lui une œuvre où l’élégance plastique prime sur tout. Il restera celui qui a su marier l’expérimentation visuelle la plus radicale avec une ambition industrielle pour le cinéma français.
