Lexique des auteurs et artistes

LE NOANE Jacques

Saint-Denis, 1924 – 2015

L’équilibre entre rigueur et inconscient. Jacques Le Noane incarne la figure rare de l’artiste haut fonctionnaire. Né à Saint-Denis de parents bretons, il mène d’abord une carrière prestigieuse : diplômé de Sciences Po et de l’ENA, il officie au ministère des Finances puis à la Cour des Comptes. Ce respect des conventions n’étouffe pourtant pas une pulsion créatrice profonde, d’abord exprimée par la photographie dans les années 1950, où il capture l’âme du pays bigouden.

L’appel de la peinture. Le véritable tournant survient en 1968. À 44 ans, il achète ses premières couleurs et entame un apprentissage autodidacte rigoureux au contact des musées. Son œuvre, qu’il expose dès la fin des années 1970 dans des galeries de renom (Bellechasse, Arcadia), se situe à la croisée du surréalisme et de l’héritage celte.

Un surréalisme « primitif » et breton. Influencé par Max Ernst et Yves Tanguy, Le Noane développe une méthode unique de « surréalisme primitif ». Son processus se décompose en deux temps. D’abord il se laisse porter par un automatisme pur où son inconscient guide les premières traces sur la toile). Il restructure ensuite les formes perçues, à la manière des dendrites de George Sand, pour faire émerger un sens. Ses toiles, aux couleurs vibrantes, réinventent les paysages de Bretagne. Falaises, mégalithes et marines deviennent des visions oniriques où se joue, selon ses mots, un « contraste permanent entre le fini et l’infini ». Jacques Le Noane laisse derrière lui une œuvre où la liberté du rêve s’appuie sur une structure d’une grande exigence plastique.