Si le nom d’Hugo évoque immédiatement le génie de Victor, son frère cadet, Abel, possède un destin singulier qui mérite d’être extrait de l’ombre fraternelle. Né en 1798, fils du général d’Empire Joseph Léopold Hugo, Abel est plongé dès l’enfance dans les tumultes des guerres napoléoniennes. Il accompagne son père en Italie puis en Espagne, où il devient page du roi Joseph Bonaparte. Cette jeunesse voyageuse et militaire forgera son esprit d’observation et son goût pour l’histoire.
À la chute de l’Empire, Abel choisit les lettres plutôt que les armes. En 1820, il fonde avec ses frères Victor et Eugène la revue Le Conservateur littéraire, véritable incubateur du romantisme français. Cependant, tandis que Victor s’élève vers les sommets de la poésie et de la fiction, Abel s’oriente vers un travail d’historien, de traducteur et de vulgarisateur. On lui doit notamment une traduction pionnière du Romancero espagnol, qui influencera grandement l’exotisme romantique de son époque.
Écrivain prolifique et rigoureux, il consacre le reste de sa vie à des œuvres monumentales de géographie et d’histoire. Son Histoire générale de la France par les monuments et sa France pittoresque (1835) témoignent de son ambition de rendre le patrimoine national accessible au plus grand nombre.
Marié à la peintre Julie Duvidal de Coursas, Abel Hugo meurt relativement oublié en 1855. Il reste une figure clé du XIXe siècle : un passeur de culture et un artisan de la mémoire nationale.
