Lexique des auteurs et artistes

FRANJU Georges

Fougères (Ille-et-Vilaine), 12 avril 1912 - 5 novembre 1987, Paris 16e

L’artiste de l’étrange. Co-fondateur de la Cinémathèque française en 1936 avec Henri Langlois, Georges Franju est d’abord un passeur de mémoire avant d’être un créateur de formes. Son œuvre, profondément marquée par le surréalisme, se distingue par une esthétique de la cruauté et une sensibilité extrême à la beauté du bizarre.

Le choc du documentaire. Il débute par le court-métrage documentaire, où il impose d’emblée un style percutant. Avec Le Sang des bêtes (1949), il filme les abattoirs de Paris. En confrontant la banalité du quotidien à la violence brute, il crée un malaise poétique qui devient sa signature. Il réitère cette approche avec Hôtel des Invalides (1952), détournant une commande officielle en un plaidoyer antimilitariste poignant.

Le maître du fantastique social. Passé au long-métrage, Franju explore les marges de la société et les tourments de l’âme. Dans La Tête contre les murs (1959), il filme la folie sans fard. Avec Les Yeux sans visage (1960), il signe son chef-d’œuvre. Ce film d’épouvante clinique, porté par la figure de la femme au masque de cire, influence encore aujourd’hui le cinéma mondial (de Carpenter à Almodóvar). Grand admirateur de Louis Feuillade, il ressuscite l’esprit du ciné-roman avec Judex (1963) et Nuits rouges (1974).

Une esthétique de la dualité. Le cinéma de Franju est un équilibre permanent entre la rigueur documentaire et le lyrisme onirique. Ses noirs et blancs contrastés et son sens du cadrage transforment la réalité la plus triviale en un paysage de cauchemar éveillé.

« Je ne fais pas de fantastique, je fais du réel insolite. » — Georges Franju