Fernand Cormon, dont le véritable patronyme est Fernand-Anne Piestre, est né à Paris. Il s’impose comme un peintre et enseignant français majeur de la fin du 19e siècle, jouant le rôle d’un pont paradoxal entre l’académisme triomphant de la Troisième République et l’explosion des modernismes du 20e siècle. Indissociable du courant de l’académisme et de la peinture d’histoire, il est également reconnu comme un peintre officiel respecté ainsi qu’un passeur d’art exceptionnel.
Sa formation artistique débute auprès de Jean-François Portaels à Bruxelles, puis se poursuit à Paris sous la tutelle d’Alexandre Cabanel et d’Eugène Fromentin. Cormon s’inscrit rapidement dans la grande tradition de la peinture académique et orientaliste. Il fait ses débuts officiels au Salon en 1868, se spécialisant d’abord dans des scènes dramatiques inspirées de l’Antiquité ou de l’Orient, à l’instar de son œuvre Le Meurtre au sérail datée de 1874. Sa carrière officielle est marquée par de prestigieuses consécrations, notamment l’obtention d’une médaille de première classe au Salon de 1887 et le Grand Prix de peinture à l’Exposition universelle de 1889, avant d’être élu à l’Institut en 1898 et d’être nommé professeur aux Beaux-Arts.
C’est sa fascination pour la préhistoire naissante qui lui apporte une immense notoriété et constitue son apport le plus marquant. En 1880, il triomphe avec son chef-d’œuvre incontesté intitulé Caïn (ou Caïn fuyant avec sa famille), conservé aujourd’hui au musée d’Orsay. Cette toile monumentale, qui illustre un poème de Victor Hugo, témoigne à la fois de son imagination puissante et de son talent pour la reconstitution archéologique. Elle dépeint une humanité primitive, sombre et nomade, marquée par un réalisme anthropologique inédit pour l’époque.
Au-delà de ses tableaux de chevalet et de ses toiles historiques, l’artiste déploie son talent dans le domaine de la décoration monumentale. Il réalise ainsi les décors de plusieurs grands monuments parisiens, incluant notamment ceux du Muséum national d’histoire naturelle, de l’Hôtel de Ville de Paris et du Petit Palais.
Cormon doit également sa grande postérité à sa stature de grand pédagogue et à son rôle de professeur à l’École des beaux-arts de Paris ainsi qu’au sein de sa propre académie. En 1882, il ouvre son propre atelier, d’abord situé rue de Constance (le cours Cormon), puis installé boulevard de Clichy (l’Atelier Cormon). Bien qu’académique dans sa méthode, il se montre d’un libéralisme artistique remarquable, caractérisé par une grande bienveillance et une surprenante tolérance esthétique qui l’amène à encourager la singularité de ses élèves. Son atelier devient ainsi le refuge de la jeune avant-garde européenne, formant une génération exceptionnelle de génies qui allaient révolutionner l’art moderne : Henri de Toulouse-Lautrec, Vincent van Gogh, Émile Bernard, Henri Matisse et Francis Picabia.
La vie de Fernand Cormon s’achève brutalement en 1924, lorsqu’il meurt tragiquement, renversé par un taxi devant son domicile parisien, laissant l’image mémorable d’un grand maître et d’un passeur d’art exceptionnel.
