Entre académisme et décadentisme
Peintre et graveur tarnais, Jean-Baptiste Cariven incarne la figure de l’artiste érudit dont l’œuvre officielle, marquée par l’enseignement, dissimule une production privée audacieuse.
Formé à Gaillac puis à l’École des Beaux-Arts de Toulouse sous la direction de Jules Garipuy, il s’initie tôt à la gravure. Sa trajectoire est freinée par la crise du phylloxéra qui ruine sa famille, l’obligeant à enseigner le dessin dès 1868. Après avoir servi durant la guerre de 1870, il intègre l’atelier d’Alexandre Cabanel à Paris. Ses copies de maîtres, notamment son Christ entre les deux larrons d’après Rubens, lui ouvrent les portes du Salon de 1878 et la reconnaissance des institutions (Musée Plantin-Moretus d’Anvers).
Sa carrière de professeur le mène de Montpellier à Montauban (Lycée Ingres). Si ses commandes publiques traitent de thèmes mythologiques et bibliques classiques, ses voyages en Aubrac révèlent un talent d’aquarelliste sensible aux coutumes locales.
C’est pourtant dans l’intimité de son atelier que Cariven déploie sa véritable singularité. En marge de ses fonctions, il produit des gravures et peintures affiliées au courant décadentiste de la fin du siècle. Alliant fantastique, érotisme et un anticléricalisme teinté d’humour, il explore l’irrationnel et le mystère, s’éloignant des codes rigides de l’art « pompier ».
Épuisé par une néphrite chronique, il s’éteint en 1904, laissant derrière lui une œuvre complexe, pont entre la rigueur académique et les frissons de la modernité symboliste.
