L’art de l’essentiel. Né en 1920 à New York, Saul Bass a révolutionné l’identité visuelle du cinéma hollywoodien. Avant lui, les génériques n’étaient que des listes administratives statiques sur lesquelles les projectionnistes fermaient les rideaux. Avec Bass, ils deviennent le « prologue » du film, une expérience psychologique qui prépare le spectateur à l’œuvre à venir.
Le maître du générique. Sa carrière décolle en 1954 avec Carmen Jones d’Otto Preminger. Mais c’est avec L’Homme au bras d’or (1955) qu’il marque l’histoire : ce bras découpé et angulaire, symbolisant l’addiction à l’héroïne, devient une icône mondiale. Sa collaboration avec Alfred Hitchcock atteint des sommets de minimalisme graphique, avec les spirales hypnotiques reflétant la folie pour Sueurs froides (Vertigo) ; des lignes cinétiques qui préfigurent l’architecture de New York pour La Mort aux trousses ; des barres horizontales tranchantes comme des lames de rasoir pour Psychose.
Le cinéaste de l’ombre. On oublie souvent que Bass fut un réalisateur de talent. Outre son rôle controversé de « conseiller visuel » pour la scène de la douche dans Psychose (dont il a dessiné le storyboard intégral), il a réalisé plusieurs courts-métrages primés, dont Why Man Creates (1968), qui lui valut un Oscar. En 1974, il signe son unique long-métrage de fiction : Phase IV. Ce film de science-fiction expérimental, mettant en scène des fourmis douées d’intelligence collective, est aujourd’hui un classique culte pour sa photographie macroscopique et son esthétique surréaliste.
Il termine sa carrière en apothéose dans les années 90, en créant les génériques flamboyants de Martin Scorsese (Les Affranchis, Casino), prouvant que son style, fondé sur la clarté et la métaphore, restait intemporel.
