Le musée imaginaire (28) : le dolmen de Roc’h Feutet à Carnac par Schwédès en 1895

Le tableau est de bonne facture et a été fait par un professionnel ou un amateur éclairé. Il est signé et daté très lisiblement « Schwédès 1895 », l’initiale du prénom peut être un « G » ou un « C ». Ce nom n’apparaît dans aucune des bases de données d’artistes peintres français.
1. L’auteur : un illustre inconnu

En allemand, schwede signifie littéralement « Suédois ». On trouve trace d’un photographe en Allemagne qui s’appelle Gustav Schwedes, actif de 1880 à 1900 au moins. Il reçoit des prix et des diplômes en 1880, 1881, 1882, 1884, 1884, 1888, 1890, 1901, principalement dans le Schleswig-Holstein, mais aussi en Westphalie. Il voyage à l’étranger et indique avoir obtenu un prix à l’exposition Internationale de Melbourne en Australie1.
Il est peintre et photographe. Ses récompenses concernent « aquarelles, pastels, huiles sur toile et photographies ». Son atelier est installé à Heide, dans le land de Schleswig-Holstein, d’abord au 4 Friedrich Strasse, puis au 5 Passage de la Gare. Cette région du Nord de l’Allemagne située à la base de la péninsule danoise, compte de nombreux dolmens et tumulus. Son fils H. Schwedes lui succède.
Sur ses cartes-photo son nom ne porte pas d’accents.




Atelier de photographie « GERMANIA » / et fabrique de drapeaux du Schleswig-Holstein / G. SCHWEDES HEIDE HOLSTEIN Bahnhofsgang 5 B. D. POST
Distinctions et récompenses (Prix) : Exposition des arts et métiers de Barmen 1882 [Rhénanie-du-Nord-Westphalie NDLR] / Exposition universelle de Melbourne 1888 [Australie NDLR] / Exposition d’art de Cologne 1890 [Rhénanie-du-Nord-Westphalie NDLR] / Exposition des arts et métiers de Heide 1901 / en aquarelle, pastel, huile et photographies / Diplômes d’honneur : Kiel 1880 / Itzehoe 1881 / Flensburg 1884 / Rendsburg 1886 [ces 4 localités étant toutes situées dans le land de Schleswig-Holstein NDLR]
En l’état actuel du dossier, nous n’avons pour l’instant pas d’autre hypothèse que celle d’un photographe de Heide en Allemagne peignant un dolmen de Carnac au détour d’un voyage en Bretagne, francisant pour l’occasion sa signature en ajoutant accents grave et aigu2. Mais l’hypothèse reste fragile. Toute information complémentaire, toute proposition alternative seront les bienvenues.
2. L’œuvre
Il s’agit d’un très bel exemple de peinture post-romantique qui s’inscrit dans la tradition de peinture des paysages de lande du Nord de l’Allemagne de la charnière des 19e et 20e siècle. Ici, un dolmen domine un paysage de lande rase à perte de vue, sous un ciel sombre chargé de nuages. La forme de la table de couverture est particulièrement élégante avec son extrémité droite qui se redresse vers le ciel comme une virgule ou une proue de navire, un véritable « vaisseau de pierre ».
L’identité de ce monument ne fait aucun doute. Il s’agit du dolmen de Roc’h Feutet à Carnac. L’artiste en a clarifié la silhouette en minimisant la dalle de couverture effondrée qui barrait l’entrée du dolmen avant sa restauration. L’orthostate arrière n’a pas encore été redressée, ce qui lui permet d’offrir une vue traversante.
3. Le monument
Cette tombe à couloir est acquise par l’État en 1887 et est classée au titre des monuments historiques sur la liste de 1889. L’ensemble a été restauré par Zacharie Le Rouzic en 1927.
Pour comparer avec la réalité, on peut se référer à une photographie du monument, vue depuis l’arrière, présente dans un des albums de Félix Gaillard vers 1880. Cette photo confirme qu’à cette époque l’orthostate arrière n’est pas redressée.

Sur la photographie touristique commercialisée par Zacharie Le Rouzic vers 1895 et dont le point de vue de face est proche de celui du tableau, l’ombre de l’orthostate arrière apparaît ; elle semble donc avoir été redressée.

On la retrouve sur le cliché de l’entrée du dolmen conservés dans le fond photographique du musée de Carnac. Les plaques stéréoscopiques ne sont pas attribuées ni datées mais on peut estimer qu’elles ont été prises entre 1900 et 1920.


à droite : Entrée du Dolmen de Roch Feutet | Carnac. N° d’inventaire : 2006_0_76/ Plaque photographique stéréoscopique/ L. 10,6 cm ; H. 4,5 cm/ Fonds Z. Le Rouzic. Coll. Musée de Carnac
Zacharie Le Rouzic en tire 2 cartes postales, une avant la restauration du dolmen et une à la fin de la restauration de l’allée. La terre est toute fraîchement retournée, la dalle de couverture de l’entrée a été remise en place. Un ouvrier satisfait du travail effectué se tient sur la droite, les mains sur le manche d’un outil.


A droite, carte postale : « Carnac.- Dolmen de Roch -Feutet / Coll. Z. Le Rouzic » (1927) (collection particulière)
Le Dolmen fait l’objet d’une carte postale en couleur aux éditions Jos Le Doaré. On note la reconquête de la végétation dû à la déprise agricole à Carnac après la Deuxième Guerre mondiale.


à droite : une édition plus récente et moins recadrée du même cliché. Légende au verso en français, anglais et allemand.
Conclusion
Le dolmen est aujourd’hui régulièrement entretenu. Il peut faire l’objet d’une agréable balade qui peut démarrer depuis le parking du Stirwenn.

Philippe Le Port pour Les Vaisseaux de Pierres
Notes
Pour citer cet article : Le Port Ph., 2026. « Le musée imaginaire (28) : le dolmen de Roc’h Feutet à Carnac par Schwédès en 1895 », in : Les Vaisseaux de Pierres. Exploration des imaginaires autour et sur les mégalithes de Carnac et d’ailleurs, mis en ligne le 26 mars 2026.- https://lesvaisseauxdepierres-carnac.fr/, consulté le : …