Le « maître de l’ordre ». Né à Laval en 1887, Jules Lefranc partage avec son illustre compatriote, le Douanier Rousseau, un destin singulier qui le lie à la Mayenne et à l’art autodidacte. Issu d’une famille de quincailliers, il gère d’abord l’entreprise familiale tout en nourrissant une passion secrète pour la peinture, qu’il ne commencera à pratiquer assidûment qu’après la Première Guerre mondiale.
Un style entre naïveté et précision. Contrairement à l’onirisme sauvage de Rousseau, Lefranc développe une esthétique de la clarté et de la rigueur. Son style se caractérise par une géométrie architecturale perceptible dans sa fascination pour les ports, les usines et les structures métalliques. La netteté de ses lignes et l’absence de flou lui vaudront d’être admiré par les surréalistes. Mais c’est probablement ses perspectives singulières induite par une profondeur souvent écrasée qui donne à ses œuvres une dimension intemporelle.
De la quincaillerie à la reconnaissance. C’est à Paris, dans les années 1920, qu’il fait des rencontres déterminantes, notamment Claude Monet à Giverny, qui l’encourage. En 1938, son travail est consacré lors de l’exposition « Les Maîtres populaires de la réalité » à Paris et New York. Installé plus tard à Granville, il se lie d’amitié avec Maurice Utrillo. Ses vues de la côte normande et ses natures mortes d’objets usuels — rappelant son passé de quincaillier — témoignent d’un regard porté sur la beauté du quotidien méticuleusement ordonné.
Postérité. En 1967, il fait une donation importante à sa ville natale, permettant la création du Musée d’Art Naïf et d’Arts Singuliers (MANAS) dans le Vieux-Château de Laval. Il s’éteint en 1972, laissant derrière lui une œuvre où la poésie naît de la précision technique.
